Agriculteurs, UE & Mercosur

La permaculture invite à observer avant d’agir. Nous pensons donc qu’il est nécessaire de chercher à comprendre le monde qui nous entoure pour agir dans le bon sens. Ce texte propose une contribution modeste, fondée sur nos observations et les sources que nous avons consultées, sans prétendre à l’exhaustivité ni à une vérité absolue. Ecovirage est une association apartisane : elle ne s’exprime pas au nom de chacun de ses membres, mais défend une ligne cohérente inspirée par la permaculture, l’autonomie et la résilience des territoires.

 

Le Mercosur, nouvelle attaque contre la souveraineté alimentaire

Le Mercosur est un accord commercial négocié depuis plusieurs décennies entre l’Union européenne et le bloc sud-américain comprenant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Il vise à créer une zone de libre-échange, avec des réductions ou suppressions de droits de douane sur de nombreux produits industriels et agricoles. Mécaniquement, cet accord va mettre sous pression les agriculteurs français, soumis à de nombreuses normes et contrôles au sein de l’Union Européenne, en les mettant en concurrence avec des marchés étrangers bien moins régulés.

De l’autre côté de l’Atlantique, il est aussi délétère : encourager les exportations vers l’Europe va accélérer la déforestation pour faire de la place aux cultures principales, et les méga-exploitations agroindustrielles.  

Le traité EU-Mercosur s’inscrit dans la continuité d’une longue série d’accords et de politiques qui réduisent les droits de douane et ouvrent les marchés aux produits agricoles étrangers. Voici les derniers traités et accords de ce type :

 

CETA – Accord UE-Canada (2016)
  • Suppression de 98 % des droits de douane entre UE et Canada.

EPA / JEFTA – Accord UE-Japon (2018)
  • Partenariat économique UE-Japon ouvrant mutuellement les marchés : réductions tarifaires sur les produits agroalimentaires.

Accord UE-Singapour (2019)
  • Libre-échange entre l’UE et Singapour.
    → Renforce l’ouverture du marché européen.

Accord UE-Vietnam (2020)
  • Accord de libre-échange UE-Vietnam.
    → Élimination progressive des droits de douane sur une large gamme de produits.

Accord UE-Corée du Sud (2015 / application depuis)
  • Accord de libre-échange entre l’UE et la Corée.
    → Impact agricole via réduction de droits de douane et augmentation des échanges. 

Accord UE-Nouvelle-Zélande (2024-2025)
  • Libre-échange UE-Nouvelle-Zélande (publié au JOUE en 2024).
    → Questionné en France pour son impact sur l’élevage et la viande importée.

Accord UE-Royaume-Uni (2020)
  • Commerce post-Brexit.
    → Ouvre l’accès réciproque aux marchés, y compris agricoles. 

    Cette succession d’accords illustre que la France, comme les autres États membres, est soumise à des choix qui dépassent largement le cadre national.

    En effet, les États membres de l’UE ne signent plus directement la plupart des accords commerciaux extérieurs : c’est l’Union européenne qui les négocie et les signe, comme stipulé par le Traité de Maastricht (1992), Amsterdam (1997), Lisbonne (2007), qui établissent la compétence exclusive de l’UE sur les politiques commerciales avec les pays tiers.

    Un mécanisme idéologique

    La politique agricole française, depuis les années 1960, a déjà expérimenté une forme de planification centralisée avec une spécialisation territoriale marquée : la Beauce pour le blé, la Bretagne pour les porcs et les volailles, certaines régions pour le maïs ou le lait. Cette organisation a eu des effets positifs à court terme, en termes de rendement et de compétitivité, mais elle a aussi concentré les bénéfices au profit des plus grandes exploitations et des multinationales.

    Aec le recul, cette spécialisation a fragilisé la résilience des territoires et accru la dépendance aux marchés et aux intrants extérieurs. Nous vous recommandons le livre édifiant d’Isabelle Saporta, Le livre noir de l’agriculture.

    La construction européenne, dans son fonctionnement et ses institutions, reflète cette logique d’intégration centralisée et technocratique. Les décisions sont en grande partie prises par des instances supranationales dont les membres ne sont pas élus directement par les citoyens, ce qui entraîne un manque de transparence et de contrôle démocratique. Nombreux sont ceux qui voient dans cette centralisation et ces orientations économiques une continuité d’une vision globale de gouvernance, visant à optimiser la production et les flux commerciaux plutôt qu’à préserver l’autonomie locale ou nationale.

    Impérialisme contre souveraineté

    La permaculture peut être envisagée comme une approche alternative, centrée sur l’autonomie alimentaire individuelle et collective, la diversité des productions et la résilience des territoires. Elle propose de maximiser la souveraineté des populations et des États tout en réduisant la dépendance aux flux mondiaux et aux choix imposés par des politiques centralisées, en offrant une voie concrète pour réinventer la relation entre production, alimentation et gouvernance.

    Soutien à nos agriculteurs

    Côté Ecovirage, nous travaillons avant tout sur la sensibilisation, la transmission et la diffusion de pratiques agricoles et alimentaires plus résilientes. Nous sommes convaincus que les solutions ne peuvent venir d’un seul acteur. Agriculteurs, citoyens, associations et collectivités ont chacun un rôle à jouer, à leur échelle. C’est en recréant du dialogue, de la compréhension mutuelle et des coopérations locales que nous pourrons collectivement sortir des impasses actuelles et construire des systèmes alimentaires plus justes, plus durables et plus autonomes.

    Nous appelons les citoyens à se regrouper en mouvements ou associations locales, afin de développer des projets adaptés à nos territoires. Pour notre part, nous proposons d’accompagner vos projets et de faire du lien entre les acteurs engagés.

    Agriculteurs, UE & Mercosur

    Conseils de lecture

    Faites-vous votre propre avis !

    De notre côté, nous travaillons avant tout sur la sensibilisation, la transmission et la diffusion de pratiques agricoles et alimentaires plus résilientes. Nous sommes convaincus que les solutions ne peuvent venir d’un seul acteur. Agriculteurs, citoyens, associations et collectivités ont chacun un rôle à jouer, à leur échelle. C’est en recréant du dialogue, de la compréhension mutuelle et des coopérations locales que nous pourrons collectivement sortir des impasses actuelles et construire des systèmes alimentaires plus justes, plus durables et plus autonomes.
    Couverture du livre Municipalisme libertaire de Murray Bookchin sur la démocratie locale et l’écologie sociale
    Couverture du livre Destruction massive de Jean Ziegler sur la géopolitique de la faim
    Couverture du livre Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi sur l’écologie et l’autonomie

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