Bien débuter : les graines

Bien débuter : les graines

Chaque printemps, les jardiniers amateurs se ruent dans les jardineries pour acheter des petites plaquettes qui valent de l’or : ce sont de jeunes plants qui, une fois plantés dans la bonne terre, produiront de beaux légumes. Ceci dit, faire soi-même ses plants permet d’économiser beaucoup d’argent, puisque pour le prix dʼun seul plant vous pouvez acheter plusieurs dizaines, voire centaines, de graines en sachet. En plus, vous aurez la satisfaction d’être indépendant dʼun prestataire extérieur qui fasse ce travail pour vous, que ce soit un artisan ou une grosse jardinerie. Et surtout, voir vos bébés pousser vous procurera une joie immense !

Avant de nous lancer, juste une précision au niveau du vocabulaire pour bien comprendre la suite : on ne dit pas « planter une graine » mais « semer une graine ». Une fois la graine germée elle va donner un jeune plant (de plante potagère, dʼarbuste, dʼarbre…). Cʼest ça quʼon plante. Cʼest tout bon ? Alors allons-y !

Quelles graines utiliser ?

Dans lʼarticle précédent, qui traitait de « comment démarrer son potager en appartement », nous avons évoqué que nous pouvions utiliser les graines des légumes achetés dans le commerce. Cʼest surtout vrai pour les variétés anciennes de légumes bio car ce sont des semences paysannes qui nʼont pas été modifiées.
La plupart des plantes que vous obtiendrez dans les filières de la grande distribution font partie des variétés encadrées par de puissants lobbies semenciers. Ces variétés, souvent modifiées génétiquement pour mieux correspondre aux besoins du commerce, portent le nom dʼhybride F1 (il y aura un article à part sur ce vaste sujet). Elles sont reproductibles, ce qui veut dire que vous pouvez prendre leurs graines pour les ressemer, mais elles subissent une dégénérescence dʼune génération sur lʼautre. De plus, les caractéristiques sélectionnées génétiquement font que ces fruits et légumes sont vraiment taillés pour la culture industrielle, à grand renfort dʼengrais chimiques et pesticides. Cela les rend très vulnérables et peu adaptés à la culture naturelle que nous promouvons ici. Bref, privilégiez les semences paysannes anciennes.

Où les trouver ?

Le mieux est de faire vivre un pépiniériste bio dans votre secteur, ainsi vous soutiendrez lʼéconomie locale. Cependant vous devrez vous assurer quʼil vend bien des semences paysannes non modifiées. Pour cela le mieux est de demander directement, ou chercher des commentaires sur internet. En général les entreprises de petite taille feront toujours cela, puisque quʼil est plus facile pour elles de reproduire leurs semences plutôt que de faire de la revente. Cependant les lois encadrent de plus en plus le commerce des semences au profit des industriels. Le mieux reste le bouche à oreille, et aller rencontrer les gens.
Une autre méthode très facile et de les commander sur internet. Je vous donne trois sites sur lesquels jʼachète mes graines et que je peux recommander en toute confiance : Kokopelli, Germinance et La Ferme de Sainte-Marthe. Je nʼai pas de préféré ! Et il y en a bien dʼautres, si vous voulez chercher.

Enfin, certaines associations ou sites proposent des échanges de graines entre particuliers. Il yʼa par exemple un groupe Facebook dédié. Je suis heureux de vous apprendre que notre association a également pour projet de monter une banque de graine, qui nous permettra de « prêter » plusieurs sachets de graines à nos adhérents, qui devront les reproduire et en ramener autant pour en emprunter d’autres. Bien sûr, nous enseigneront aussi les techniques de reproduction de semences !

Quand semer ?

Pour bien réussir son potager, il est crucial de savoir quand planter. Si vous achetez vos graines, vous verrez que souvent sur le sachet figurent quelques conseils de plantation, notamment l’époque des semis.
En Provence on se fie traditionnellement à la période des « Saints de Glace », aux alentours de la mi-mai, qui marquent les dernières gelées.
Cela veut dire qu’il faut protéger vos semis avant cette période, après quoi vous pouvez les mettre en terre à l’extérieur. A partir de la fin des Saints de Glace, vous pouvez évidemment faire tous vos semis directement en pleine terre.

Vérifiez bien car certaines variétés sont dites « dʼhiver » et se plantent à la fin de l’été pour une récolte pendant les mois les plus froids. C’est très bien pour cultiver toute l’année. Cependant, quelles que soient les variétés, il faut tenir compte de plusieurs choses.

Intérieur/Extérieur

Si vous faites votre potager sur votre terrasse ou votre balcon, vous avez probablement plusieurs cultures qui sont dans des pots transportables. Dans ce cas-là, vous pouvez semer en suivant les instructions sur votre sachet de graines, et rentrer vos potes en cas de froid. Ça implique de surveiller un peu la météo.

Pour des bacs ou jardinières non transportable, vous pouvez les recouvrir dʼun voile de forçage qui empêchera les plantes le givre d’atteindre vos plantes. Une plaque de polycarbonate recupérée et posée sur votre bac potager fera office de serre en plus de garder lʼhumidité (prenez soin d’aérer de temps en temps pour ne pas favoriser les moisissures). Si vous êtes bricoleurs, vous pouvez adapter une plaque de verre (autrement trop lourde) sur un châssis articulé sur votre bac en bois. Vous aurez une serre permettant des cultures à l’année !

Zone géographique

Si vous êtes au bord de mer, il est probable que votre jardin ne gèle pas pendant lʼhiver. Dans ce cas-là ne vous inquiétez de rien et semez dès le début du printemps ! Dans d’autres secteurs, selon l’exposition, la déclivité et la topologie de votre terrain, ainsi que des éléments qu’il abrite, il y a peut-être des zones hors gel. Ce n’est que l’observation qui vous permettra de le déterminer et, le cas échéant, dʼy installer un potager.

Si vous avez un coin de jardin caillouteux et ingrat, mais qui ne connait pas le gel, ça vaut peut-être le coup d’investir du temps et de l’énergie pour faire les aménagements nécessaires. Il vous fera peut-être gagner beaucoup de temps sur votre planning des récoltes !

Potager extérieur en zone gélive

La quasi-totalité du territoire français étant soumis au gel, les maraichers ont quand même des techniques qui permettent de gagner du temps sur les beaux jours. Vous pouvez semer vos graines en godet ou dans des pots que vous cultivez dans la maison ou dans une serre. Le problème de la serre est qu’elle ne conserve pas la chaleur et les semis ont de grands écarts de température. Chaud et étouffant la journée, et très froid la nuit. Ils ne gèleront pas, mais se développeront lentement. Si vous avez l’occasion de les garder à l’intérieur cʼest encore mieux, mais attention si vous avez des animaux…

Vous pouvez aussi semer en pleine terre dès la fin de lʼhiver, mais vous devrez protéger vos plates-bandes avec un voile de forçage ou dʼhivernage. C’est un tissu spécial qui évite le gel dans une certaine mesure. C’est une méthode sûre qui permet de recouvrir rapidement de grandes surfaces. Ceci dit, cette mesure a un cout financier et écologique certain, et elle se détériore avec les années.

A l’inverse, en mettant à lʼoeuvre l’observation, le bon sens, et quelques techniques de permaculture, on peut aussi aménager son terrain pour atténuer les effets du gel (souvent en gérant l’exposition et les masses thermiques, mais pas seulement). Par exemple, un mur de pierre exposé au soleil toute la journée rayonne sa chaleur une partie de la nuit. Certains arbustes absorbent beaucoup d’humidité la nuit et assèchent l’air autour dʼeux, ce qui évite le givre. Evidemment, cette façon de faire coûte plus de temps et d’énergie que d’acheter un voile, mais elle est éthique et durable.

Quelle est la bonne technique ?

Bon, maintenant que vous avez vos sachets de graines et vos espaces de culture tout prêts, que faire ? Vous avez de nombreux tutoriels sur internet qui vous permettront de voir les bons gestes en vidéo. Pour ma part, je vais essayer de vous énoncer le principe dans les grandes lignes.

Conditions optimales

Si vous lisez mes articles ou les sachets vous verrez que chaque espèce végétale a son biotope, qui est son cadre de vie originaire et optimal. En permaculture on conseille de mélanger plusieurs espèces précises afin qu’elles se bénéficient mutuellement (des exemples d’association de culture ou « compagnonnage » sont nombreux sur internet), cependant en règle générale les cultures associées dépendent à peu près des mêmes conditions. Si vous donnez les conditions optimales à votre culture principale, les plantes support ont toute les chances de bien se développer aussi.

Préparation des graines

Si vous récupérez vos graines dans les légumes que vous cultivez ou que vous achetez, vous voudrez peut-être vérifier si elles sont viables, de façon à ne pas semer pour rien. Mettez vos graines dans un verre d’eau. Celles qui coulent sont bonnes. Gardez votre verre d’eau et laissez tremper vos graines 24h : cela aura pour effet d’amorcer la germination.

  • Taille des graines : Vous verrez que les graines ont des tailles très différentes, il n’y a qu’à comparer une graine de carotte à une fève pour se rendre compte que les semis ne vont pas se faire de la même façon.
  • Mise en terre : il y a une règle très générale qui dit que la graine doit être enterrée d’une couche de terre d’une fois et demie sa hauteur… en pratique on déposera une fève dans une profondeur de 2 ou 3 centimètres, alors que pour de toutes petites graines on saupoudrera juste une poignée de terreau par-dessus.
  • Type d’arrosage : Il est bon de bien mouiller la terre avant de semer, et de ne pas arroser les premières 24 heures afin de laisser la graine s’installer. Après cela je recommande d’utiliser un jet très fin et très doux les premières semaines, car même en utilisant une pomme d’arrosage, les gouttes tombent assez fortement pour faire bouger les graines et endommager leurs radicelles. Il vaut mieux que l’eau arrive sous forme de brume si c’est possible.
  • Horaire d’arrosage : le mieux est d’arroser abondamment le matin en hiver (comme il fait froid la nuit, lʼhumidité pourrait favoriser le gel) et tôt le matin ou le soir en été (pour que le soleil ne brûle pas les feuilles par effet de loupe).
  • Utilité du paillage : très utile pour protéger vos semis, réguler la température et conserver lʼhumidité. Vous verrez que dans les godets en plastique il est fréquent que de la mousse se développe à la surface (signe de trop dʼhumidité + chaleur), ce qui n’est pas le cas avec un paillage. Mais c’est compliqué de pailler dans des godets, je le recommande plutôt pour les semis directs en pleine terre ou en jardinière.
  • Type de paillage : si les plantes vigoureuses (tomates, courges, choux…) poussent très bien au travers dʼun paillage grossier et/ou épais, il vaut mieux recouvrir les plus petites (navets, carottes, radis…) avec un paillage fin ou léger genre paille (de blé) ou paillettes de chanvre. Ne mettez pas de sciure, ça absorbe l’eau.

Comment reproduire mes graines ?

La reproduction et la conservation des semences paysannes est au cœur de la démarche d’autonomisation des territoires, nous l’encourageons vivement et mettons en place des ateliers pratique, bien que de nombreuses vidéos soient accessibles sur le web à cette fin. Au niveau théorique c’est très simple, cela consiste à récolter, nettoyer et stocker chaque graine au sec, et à maintenir tout cela de manière organisée.

Sur des variétés précoces (c’est à dire qu’elles deviennent comestibles rapidement après avoir été semées), il peut être intéressant de ressemer vos cultures sans passer par la case stockage. Dans le cas des salades par exemple, comme vous pouvez consommer les feuilles au fur et à mesure sans arracher le plant, la plante va poursuivre sa croissance (dans le cas des légumes que vous devez cueillir, il suffit d’en garder une petite partie pour la reproduction). Au bout d’un moment les feuilles vont devenir plus dures et amères, et la salade va « monter en graines ». C’est un peu son âge adulte. Si vous la laissez en place, vous bénéficierez d’une superbe tour à limaces : les gastéropodes préférant manger les végétaux en fin de vie lorsque c’est possible, ils laisseront vos jeunes pousses tranquille.

Double avantage donc, et une fois le plant de salade sec vous n’aurez qu’à le tapoter au-dessus d’un bac plein de terreau pour relancer une culture de salades (il faudra ensuite les repiquer en place quand les graines auront germé à leur tour). En répétant le procédé sur plusieurs espaces de culture en alternance, vous pouvez ainsi avoir une abondance de salades tout au long de l’année sans rien acheter ! L’avantage de la salade est qu’elle pousse vite et qu’elle a besoin de peu de profondeur de sol, donc on peut enchainer plusieurs cultures avant la période de gel, ou les cultiver facilement dans un endroit hors gel. Mais le principe est le même pour toutes les plantes, tant que vous pouvez leur offrir de bonnes conditions.

Une dernière astuce pour la route, en général quand on sème les petites graines en pleine terre(radis, carottes, navet, salades…) on a tendance à semer un peu serré. Lorsqu’elles commencent à pousser, c’est à contre-cœur que l’on doit arracher les plus petites afin de permettre aux autres de pousser en ayant un espace raisonnable. Eh bien… ce sont des graines germées. Exactement la même chose que ce que vendent les magasins bio, à ceci près quʼau lieu de pousser en bocal dans votre cuisine, elle ont poussé en pleine terre (ce qui est encore mieux du point de vue nutritionnel). Pourquoi ne pas les mettre dans votre assiette une fois lavées ?

En conclusion

Eh bien voilà, on espère que vous avez apprécié ce petit tour dʼhorizon en ce qui concerne ces petites graines. N’oubliez pas qu’elles sont un patrimoine mondial à traiter avec respect ! Elles vous le rendront bien. On vous laisse poser vos questions et remarques en commentaire. Bon jardinage !

S.

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